ILS EN PARLENT

L’homme à l’affût

Quoi qu’il regarde, Didier Vallé est happé par le jeu des formes et des couleurs… Combien de fois sommes-nous passés devant l’escalier de secours de la Cité Mondiale à Bordeaux sans vraiment le voir ? Lui a été saisi par la subtilité des structures et des lignes et a tout de suite su “qu’il était là pour lui”, comme le sont aujourd’hui les chaises empilées, installations éphémères dont il a su capter la beauté dans les bistrots du petit matin ou les salles de réunions les plus austères.
AnneSamuelLes matériaux et la précision du geste sont ses terrains de jeux depuis ses premières années aux Arts appliqués. Tressage du plastique, usure du métal, douceur de l’osier…
On ressent chez l’artiste une nécessité presque physique d’attraper la matière et de la mettre en scène. Hyper graphiques, ses cadrages serrés rendent l’oeuvre quasi abstraite.
Son besoin de reproduire la forme, la couleur et la lumière imprègne les toiles d’un engagement total. En retour le tableau restitue lentement cette recherche, une façon de s’approprier le monde et de combler le fossé entre l’art et la vie…
Anne Samuel
Écrivain biographe
Professeur de Culture, Art et Design
Anciennement chargée de l’action culturelle et de la communication des Musées de la Ville de Paris.

Didier Vallé est un peintre hyperréaliste.
Ses montres, tableaux de bord, chaises, poignées de portes, etc… relèvent manifestement du courant Photorealism ou Superrealism. Prenant les pas du Pop Art, ce courant voit le jour dans l’Amérique des années soixante-dix. L’hyperréalisme, de Don Eddy à Chuck Close, démonte les rouages de la “main invisible” de l’American Way of Life, dont le Pop Art, de Warhol à Ramos, chante les apparences enjouées. Sous la chaleur de l’ “enjoy” Pop, il voit la froidure des machines et l’hébètement  des hommes métamorphosés en robots.
Nonobstant, l’effet de réel généré par les œuvres de Didier Vallé est autrement saisissant, car son admirable technique lui permet d’oser des Sharp Focus (gros plans) ou des Gigantic Scale (agrandissements démesurés d’un détail) qui transforment le réel en fantastique et le fantastique en réel.
Et si le temps des montres rythmait notre vie ? Et si le tableau de bord des voitures nous indiquait la voie à suivre ? Et si les machines étaient devenues plus intelligentes et humaines que les hommes eux-mêmes métamorphosés en “sous-machines” ! Les Horla de Maupassant mis en peinture Hooper affleurent ici ou là. Le trouble ne quittera plus le spectateur.
Les tableaux de Didier Vallé ne se présentent comme des instantanés photographiques séduisants, que pour donner à voir à ceux qui feront l’effort de regarder de près le travail patient des trompe l’œil admirables de sa peinture à l’acrylique la valeur du temps passé et donc à venir.
Bordeaux, le 15 mai 2015
Bernard Lafargue,
Professeur des  Universités en esthétique et histoire de l’art
Rédacteur en chef de Figures de l’art